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--ALSACE CULTURE BILINGUE-- René Schickele Gesellschaft

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2 mai 2020

Land un Sproch 213, edito de Jean-Marie Woehrling

Enfin disponible

LUS213-couverture

LUS213-editoJMW

LUS213-ours

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1 mai 2020

Coronavirus, lettre ouverte à l'Ordre des Médecins, de la part d'un médecin alsacien

covid19

Les départements alsaciens ont été particulièrement touchés par la pandémie du Coronavirus, à la fois en nombre de cas recensés, de décès à déplorer et d'inadéquation des structures médicales au regard de l'ampleur de la pandémie. Les personnels médicaux se sont dépensés sans compter, parfois au péril de leurs vies. Ils méritent une infinie gratitude. Ils ont rencontré maintes difficultés dans l'exercice de leur art, notamment d'ordre institutionnel. Le Docteur Simler, de Marckolsheim, en fait état dans un courrier adressé à l'ordre des Médecins (reproduit in extenso ci-dessous). Notre Association s'en fait l'écho. En effet, les questions posées par le Docteur rejoignent les attentes portées par les associations alsaciennes à l'encontre de la puissance publique dont elles souhaitent plus de décentralisation et de marges de manoeuvre quant à la langue, l'identité et les institutions. L'Agence Régionale de Santé semble avoir eu une influence néfaste quant à la réactivité face à la pandémie, de par sa dimension et et de par les complexités et les cloisonnements administratifs qu'elle induit. De surcroît, sa relocalisation à Nancy - ellle était auparavant située à Strasbourg - a créé un éloignement suppémentaire des territoires, et notre Association sera attentive aux retours d'expérience qui devront avoir lieu, le moment venu, notamment en ce qui concerne les consignes qui auraient été données quant aux soins à apporter, en milieu hospitalier, aux patients de plus de 75 ans. Par ailleurs, notre association ne peut que soutenir le cri d'alerte lancé par un médecin qui estime ne plus être en mesure d'exercer, "en âme et conscience", ainsi que le serment d'Hippocrate lui en fait obligation. 

 

Monsieur le Président de l’Ordre des Médecins du Bas-Rhin, Monsieur le Président de l’Ordre des Médecins du Haut-Rhin, Monsieur le Président Régional, Mesdames et Messieurs les membres de nos Conseils de l’Ordre, 

 

L’Alsace est particulièrement victime du Covid-19 et les besoins massifs de soins et d’hospitalisation sont difficilement couverts. 

Nous, les médecins généralistes, sommes en première ligne. Sur notre secteur de Marckolsheim, trois médecins (Dr Denja DAL MASO de Marckolsheim, Dr Arnaud SUTTER de Mussig et Dr Thomas ROUILLAY de Hilsenheim) ont été ou sont encore hospitalisés. 

Personnellement aux premiers signes cliniques de fébricule, fatigue et signes ORL, j’ai de suite pris la seule arme efficace pour un médecin généraliste (hydroxychloroquine + azithromycine) pendant une dizaine de jours, avec une nette amélioration vers le 4 ou 5ème jour. 

J’ai eu de la chance, parce qu’après le vendredi 20 mars les pharmacies de ville avaient interdiction de le délivrer. Il va s’en dire également qu’on m’a refusé le prélèvement nasal, parce que j’étais « sans signes de gravité ».

De toute ma carrière médicale je n’ai jamais vu un gouvernement français interdire aux médecins généralistes de traiter en âme et conscience. C’est l’Etat Français qui jette le Serment d’Hippocrate aux ornières : ses décrets de lois seraient supérieurs à nos valeurs, à notre devise de soigner … ET L’ORDRE DES MEDECINS NE REAGIT PAS !

Peut-on qualifier d’un autre mot que « crime contre l’humanité ou crime de guerre », puisque nous sommes en « temps de guerre !», comme le dit le Président Macron, l'action des pouvoirs publics qui :

- empêchent les Médecins généralistes de traiter efficacement avec le mix hydroxychloroquine-azithromycine

- classent, comme par hasard, au tableau des substances vénéneuses mi-janvier 2020 une hydroxychloroquine auparavant en ventre libre

- font un tapage médiatique des effets secondaires majeurs de l’hydroxychloroquine additionné à l’azithromycine, alors que c’est un gros mensonge : on connaît ces médicaments depuis 70 ans pour l’un et au moins 30 à 40 ans pour l’autre. Avec un QTc inf à 450 pour l’homme et 460 pour le femme à l’ECG et une normokaliémie, le risque est réellement minime. Par contre tous les anti- et rétrovirus actuellement en étude ont des effets secondaires beaucoup plus inquiétants, délibérément ignorés dans ces médias

- envoient les médecins généralistes et infirmières libérales en première ligne tout en les empêchant de se faire dépister prioritairement pour éviter qu’ils ne transmettent le covid-19 à leur tour

- publient un décret gouvernemental le 29 mars 2020 autorisant tout médecin, face à une détresse respiratoire aigüe due au Covid-19, à décider de façon isolée (et non en concertation collégiale) d'injecter en IVD du rivotril (ou clonazepam) … pour soulager quand il n’a pas d’oxygène ni de respirateur !

- interdisent d’utiliser l’HEMO2life ; dans une situation extrême, je préfèrerais et signerais volontiers qu’on m’injecte « expérimentalement » une dose de HEMO2life de la société Hémarina de Morlaix. Ce dernier, produit à partir de l’hémoglobine de l’arenicola marina transporte 40 fois plus d’oxygène que l’hémoglobine humaine. Mais c’est aussi interdit. Il serait pourtant plus éthique, plus décent d’essayer, malgré les inconnues, de sauver plutôt que d’« euthanasier » pour soulager par manque de matériel !

Nous avons certes besoin des laboratoires pour les médicaments qu’ils nous mettent à disposition, mais nous ne devons pas accepter comme unique paramètre cette course au profit contre toute vie humaine. Big Pharma possède et contrôle toutes les publications médicales, possède et contrôle toute la haute administration du Ministère de la Santé. La plupart des infectiologues accueillis actuellement aux journaux télévisés sont dans des situations de conflit d’intérêts. 

Le gouvernement est plus préoccupé à mettre en place des études, de la recherche que de traiter efficacement. Il empêche les médecins généralistes de soigner et de guérir en âme et conscience. C’est très grave. Quand le Ministre de la Santé affirme que la France a un stock d’hydroxy chloroquine suffisant et qu’il interdit en même temps à la médecine de ville de l’utiliser pour soigner en amont et éviter l’hospitalisation, c’est très grave !

ET L’ORDRE DES MEDECINS NE DIT RIEN ! 

Bien confraternellement, Dr Gérard SIMLER de Marckolsheim

Merci de transmettre à tous les membres de l’Ordre 

PS : Je ne peux pas croire que vous ignorez l’actualité

 

5 avril 2020

Un long dimanche de fiançailles

long dimanche fiançailles 3

Il faut relire ce livre écrit par Sébastien Japrisot en 1997 et revoir le film qui s’en inspire, mis en scène par Jean-Pierre Jeunet en 2005. Absolument. Le thème est à fois simple et l’intrigue, complexe tel bon un polar. Nous sommes dans les années vingt, celles qui suivent la Grande Guerre. Tandis que les Français d’en-hautdînent au Champagne, les Français d’en-bas se mettent à panser (et penser) les plaies laissées dans les familles par la disparition d’un mari, d’un amant, d’un frère, d’un père. Ils furent 1,5 millions à périr, et autant à revenir mutilés, estropiés, amputés, amnésiques, etc.

Qu’on se représente l’hécatombe ! Au début de la guerre, la France compte 40 millions d’âme, soit quelques huit millions de familles, calcul dont on me pardonnera l’approximation. Il s’en suit qu’une famille sur trois souffrit et saigna dans sa chair. Aussi Mathilde, jeune fille handicapée issue des Landes (dans le roman), vs de la Bretagne (dans le film) est-elle une héroïne française du XXème siècle au même titre que la Cosette et le Gavroche de Hugo le furent au XIXème, toute comparaison littéraire des œuvres mise à part. Mathilde aime Manecq qui n’est guère plus âgé qu’elle lorsqu’il est mobilisé.

long dimanche fiançailles 2

Manecq (Gaspard Ulliel qui crève l'écran), se mutile pour fuir les horreurs des combats, de même que quatre de ses compagnons, mais tous cinq passent en cour martiale et, condamnés à mort pour mutinerie, sont envoyés dans la tranchée Bingo Crépuscule, celle qui précède le no man’s land où les attend une mort certaine. C’est la version que donne l’armée de leur disparition, mais Mathilde, habitée par un amour incommensurable, est persuadée que son fiancé est encore en vie et se met à sa recherche. Avec les faibles moyens dont elle dispose, elle s’engage dans une enquête aux multiples rebondissements au cours de laquelle, les uns après les autres, interviennent les témoins des dernières heures qui, tous, détiennent une pièce du puzzle de la vérité.

Japrisot met en scène une galerie de personnages haut en couleurs, paysans, artisans, ouvriers, mères de famille et prostituées qui livrent à Mathilde (au lecteur-spectateur) les chapitres de leurs vies, celles qu’un Céline ou un Faulkner, au contraire d’un Proust, prendra en considération. Et au milieu des récits émergent les ignominies de l’histoire, la félonie du soldat qui abat son propre compagnon dans le no man’s land, la hargne des sous-officiers qui oublient de fermer les yeux sur les petits arrangements, la folie des officiers qui lancent les vagues d’assaut sous le feu des mitrailleuses lesquelles fauchent méthodiquement les premières lignes, la désinvolture du commandant qui déchire la grâce présidentielle signée par Poincaré, toute une férocité que les images, pour une fois, renvoient à la figure plus sûrement que les mots. La jeune Mathilde, incarnée par une Audrey Tautou lumineuse, porte à bout de bras tous les malheurs et tous les espoirs du monde, et la scène finale, lorsqu’après des mois et des mois de recherches, elle retrouve son Manech, quoique amnésique, et s’assied en face de lui, comme arrivée à bon port, cette scène est un pur chef d’œuvre littéraire et cinématographique, le bonheur (de même que le temps perdu, ailleurs) est enfin retrouvé. 

long dimanche fiançailles 1

L’admiration ne doit pas toutefois empêcher la lucidité. Il y a beaucoup à dire sur la place de cette œuvre, un rien didactique, dans la psyché française, ou plutôt la place qu’elle n’occupe pas. Qu’il soit dès lors permis à l’auteur de cette recension de se situer. Issu du monde rhénan, il est sensible et touché par la représentation dramatique du malheur qui frappa la France au cours de la guerre de Quatorze, d’autant plus que, résidant en France, il côtoie nombre de personnes qui sont dépositaires de ce terrible héritage. Il n’en est pas moins attentif à la part d’affabulation et d’hybris qui en caractérise le récit. Que l’on veuille l’entendre ! Si l’œuvre rend témoignage de quelque chose, c’est bien de cette absurde et inutile férocité telle qu’elle fut vécue dans les rangs de l’armée française[1]. La psyché en est durablement marquée, plus que d’une cicatrice, d’une blessure, d’un traumatisme que seul un mythe purificateur permet de transfigurer. Il fallut que les soldats français fussent sacrifiés pour une noble cause, sans quoi comment justifier tant de férocité. Il fallut donc entretenir le mythe de la liberté et de l’universalisme en lutte contre la barbarie. Il fallut entretenir le mythe de la patrie menacée dans son existence… si elle ne recouvrait pas l’Alsace et la Lorraine, injustement spoliées au traité de Frankfort de 1871. Il fallut entretenir le mythe des Alsaciens français de cœur[2], au secours desquels la République n’a fait que se porter. 

Cependant, chaque Alsacien-Mosellan qui s’est un tant soit peu penché sur la question, chaque historien libéré de la doxa française[3] sait ce qu’il en fut réellement. Il y a certes une co-responsabilité franco-allemande dans le conflit mais, depuis le traité de Westphalie en 1648, et plus particulièrement depuis les événements thermidoriens de 1793, la France n’a cessé de réécrire l’histoire en prétendant que les Alsaciens étaient français de cœur. Et c’est bien le second Empire français, belliqueux, qui porte la responsabilité de la déclaration[4] de guerre de 1870 et s’est lancé dans des affrontements avec, déjà, une guerre de retard. C’est bien la troisième République qui a nourri, plus que de raison, un esprit revanchard qui explique en partie la férocité décrite par Un long dimanche de fiançailles. L’œuvre pourtant ne souffle mot de cet esprit et c’est un grand dommage. En 2018, la France a célébré le centenaire de l’Armistice de novembre 1918 en très grandes pompes, mais pas une virgule n’a été changée au récit[5], lequel est resté mythologique et cocardier, loin de la vérité des faits et de l’insoutenable absurdité de tous ces sacrifices humains. 

L’émotion de Mathilde n’en est que plus dramatique et le sacrifice, inutile et absurde, des soldats français n’en est que plus tragique ! Les Alsaciens-Lorrains ont peu de chances que soient entendues leurs légitimes aspirations d’identité ! Et, last but not least, l’amitié franco-allemande tant de fois invoquée dans l’édifice européen, reste fragile d’être appuyée sur un malentendu centenaire et sur un mythe aussi éloigné de la réalité historique. 

 

[1] Sauf erreur de ma part, je n’ai pas lu de récits de férocité équivalente dans la littérature allemande, ni chez Jünger, ni chez Remarque, ni chez Flex. En revanche, cette férocité est très largement confirmée par d’autres écrivains français, notamment, Céline, Dorgelès, Genevoix, Barbusse…

[2] Cf l’inspecteur Lavisse, lequel entretint tous les écoliers de la IIIème République dans un solide esprit de revanche. 

[3] Celle qui attribue à l’Allemagne l’entièreté de la responsabilité de la guerre et ne fait preuve d’aucun esprit critique à l’égard du traité de Versailles. 

[4] Le matois et stratège Bismarck a fait ce qu’il fallait en matière de provocations, il savait toucher l’esprit français à son point faible, l’orgueil et la vanité. Mais il appartenait aux diplomates du second Empire français de se montrer plus fins, et aux militaires de connaître assez le potentiel des armées pour conseiller des stratégies réalistes.  

[5] « Et à l’Est, pendant plusieurs années, d’effroyables guerres se poursuivirent. Ici, ce même jour, les Français et leurs Alliés ont célébré leur victoire. Ils s’étaient battus pour leur patrie et pour la liberté. Ils avaient consenti, pour cela, tous les sacrifices et toutes les souffrances… Souvenons-nous : ne retranchons rien de ce qu’il y avait de pureté, d’idéal, de principes supérieurs dans le patriotisme de nos aînés. Cette vision de la France comme Nation généreuse, de la France comme projet, de la France porteuse de valeurs universelles, a été dans ces heures sombres exactement le contraire de l’égoïsme d’un peuple qui ne regarde que ses intérêts... Souvenons-nous, nous autres Français, de ce que CLEMENCEAU a proclamé le jour de la victoire, il y a cent ans jour pour jour, du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, avant qu’en un chœur sans pareil n’éclate la Marseillaise : combattante du droit, combattante de la Liberté, la France serait toujours et à jamais le soldat de l’idéal… » extraits du discours du Président E. Macron lors de la cérémonie de commémoration du centenaire, le 11 novembre 2018. 

 

 

 

4 avril 2020

Eugénie Luttenbacher, une Alsacienne dans le monde

Nous devons à notre ami Philippe Edel, cette chronique consacrée à une grande Alsacienne, parue dans la revue Alsacemonde.

Merci à lui! 

eugénie luttenbacher

30 mars 2020

Aber Freunde, Mut in dürftiger Zeit !

mulhouse urgences

Chers amis, quelques mots de raison, de colère et d’espoir en ces temps d’affliction ! Un virus d’une espèce nouvelle nous frappe, venu nul ne sait d’où ni comment. Il frappe indépendamment de la couleur de peau et de la langue en cours, il frappe l’humanité, de préférence les ainés dont les systèmes immunitaires sont affaiblis. Il a frappé notre région en commençant par Mulhouse où la contamination a très vite atteint des pics alarmants. Il interroge sur des certitudes admises, l’interconnexion généralisée, l’insuffisance de nos pratiques de subsidiarité, l’excès de nos centralisations. La situation sanitaire de Mulhouse est supervisée par l’Agence Régionale de Santé, laquelle, en ce qui concerne le Grand Est, a siège à Nancy. Peut-être les réactions administratives auraient-elles été plus promptes dans l’ancienne Région Alsace. L’état jacobin s’enorgueillit du petit hôpital de campagne déployé après moult palabres, quand les Chinois en avaient déployé cent fois plus, et que fleurissent les « Danke » adressés aux hôpitaux allemands qui prennent nos patients en surnombre. La crise que nous traversons aura une fin, même si nous ne savons pas quand ni en quel état nous nous trouverons. Notre action pour la défense du bilinguisme en Alsace-Moselle et la restauration d’une structure administrative adéquate n’en a que plus de sens. Face à une crise sanitaire de cette ampleur, nous avons besoin de solidarités mais aussi de délégations permettant les prises de décision au plus près de nos concitoyens. Cela est vrai pour la santé, mais aussi pour les langues, la culture, l’éducation, l’université, les systèmes de transport... En attendant, ayons une pensée reconnaissante pour tous les soignants qui sont impliqués. Prenons soin de nos proches et de nous-même en respectant le confinement. Profitons de ces instants de retrait pour repenser nos priorités. Wo aber Gefahr ist, wächst das Rettende auch ! (Hölderlin) 

 

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29 mars 2020

Covid19, l'autre "étrange défaite".

Debacle_1940

Parce que l'Alsace, depuis 1945, n'a cessé de faire l'objet d'un processus insidieux de "dépersonnalisation" de la part de l'état jacobin, 

Parce que l'Alsace, en 2015, a disparu sur le plan administratif, engloutie dans un artefact que ses détracteurs les plus modérés qualifient de grotesque, 

Parce que l'ARS, agence régionale de santé, a été transférée à Nancy, 

Parce que la pandémie a pu, impunément, faire en Alsace des ravages que l'éloignement jacobin a sousestimé plus qu'ailleurs, 

Parce que (la liste est longue), 

Ci-dessous l'excellente tribune que Riss a fait paraître dans Charlie Hebdo le 27 mars dernier (Elle rappellera à nos anciens de bien funestes souvenirs)

 

Voici donc: 

Un désastre. C’est tout simplement un désastre que vit actuellement la France. Le mot « crise » ne suffit plus à définir la situation présente. 

La France vit des heures de désillusion aussi profonde que celles qu’elle avait connues en mai 1940. La France pensait avoir le meilleur système de santé du monde, comme elle était convaincue d’avoir la meilleure armée du monde en 1940. Et puis, sous nos yeux, tout s’est effondré à une vitesse inimaginable. On se demandait pourquoi la France avait manqué d’avions efficaces, d’armements modernes comme des chars d’assaut, et pourquoi les soldats portaient encore des bandes molletières alors que les soldats allemands avaient des bottes en cuir. 

Aujourd’hui, on s’interroge pour comprendre pourquoi il n’y a pas assez de masques, pourquoi il n’y a pas assez de respirateurs artificiels, pourquoi la France est obligée d’importer les produits réactifs pour fabriquer des tests de dépistage. On perd notre temps à discuter de problèmes d’intendance qui n’auraient pas dû exister si le système de santé français était vraiment le meilleur du monde. Mais le système de santé français n’est pas le meilleur du monde. La France n’est plus un grand pays, mais une petite nation mesquine, bouffie d’orgueil et de prétention. Et en face d’un virus microscopique, l’orgueil et la prétention, ça ne sert à rien.

Une injustice insupportable 

Il faudra alors se poser la question de savoir pourquoi un tel désastre. On ne peut s’empêcher de se tourner vers la fameuse Étrange Défaite, de Marc Bloch, qui, ayant vécu la défaite de 40 de l’intérieur, se posait la question de savoir pourquoi cela avait été possible. Et cette catastrophe en cours nous amène inévitablement aux mêmes conclusions : incompétence, inorganisation, absence de vision à long terme, improvisation. En résumé : nullité de nos dirigeants, et en particulier de ceux en charge du système de santé français. 

Cette génération de hauts responsables de la santé en France est en train d’entrer dans l’Histoire comme les généraux de l’armée française en 40. Une caste de petits chefs, de techniciens imbus de leur position, de leur suffisance, qui, face au coronavirus, avaient une guerre de retard, comme la plupart des généraux de 1940, qui se croyaient encore en 1918.

Ceux qui en payent le prix, ce sont les morts de plus en plus nombreux, mais aussi les médecins et les soignants qui se sacrifient en y laissant leur peau, pour rattraper des erreurs dont ils ne sont pas responsables. C’est toujours le troufion de base qui paye de sa vie la nullité de sa hiérarchie.

La France n’est plus un grand pays, mais une petite nation mesquine, bouffie d’orgueil et de prétention

Cette injustice insupportable, il faudra en répondre d’une manière ou d’une autre. Le président de la République a très vite comparé cette épidémie à une guerre. Cela pouvait sembler habile, afin de mobiliser la nation entière contre le terrible ennemi. Mais cette comparaison se retourne déjà contre ceux qui croyaient en tirer parti. Car en face d’un tel désastre, on ne pourra pas se contenter de quelques gerbes de fleurs et d’une distribution de Légions d’honneur. Le besoin de justice est le sentiment qui structure une société. Quand il est bafoué, ce n’est pas seulement le système de santé français qui s’effondre, mais la totalité de l’édifice. ●

 

photo illustrant la Débacle de 40

3 mars 2020

1870-1871 Annexion ou Libération?

UNSRI GSCHICHT 1870 1871 objcetif Alsace

1 mars 2020

Argumentaire à l'attention de nos futurs élus municipaux

zvardon kochersberg

L’avenir de notre langue régionale dépend de nos communes

Appel aux candidats aux élections municipales

 

Fort peu de communes développent une action significative en faveur de la langue régionale (dont la définition reconnue inclut à la fois nos dialectes et l’allemand standard). Les structures intercommunales locales en font encore moins. Elles ne sont pas indifférentes ou hostiles, mais la plupart des communes n’ont pas conscience de leur rôle dans ce domaine et des moyens d’action à leur disposition. La question de la « culture régionale » est encore plus floue que celle de la langue : beaucoup d’élus la réduisent à des aspects plus ou moins folkloriques alors qu’elle pose la question de la réappropriation d’une histoire, d’une identité, d’un projet local.

La campagne électorale est l’occasion de mettre en lumière l’action possible des communes pour le bilinguisme et pour cette culture propre conçue comme une richesse locale ainsi que d’inciter les candidats à une réflexion et à des engagements sérieux qui les aideront à structurer leur action par la suite. 

Une prise de conscience est en trains de se faire à cet égard dans beaucoup de listes de candidats. Les sondages récents montrent à la fois la profonde dégradation des connaissances et de la pratique de notre langue régionale (dialectes et allemand standard) et la demande forte de la population (96%) que les efforts en faveur de la langue régionale soient poursuivis et même amplifiés.

Nous souhaitons tout particulièrement adresser notre appel aux villes alsaciennes. Leurs initiatives en direction des différents publics composant des agglomérations importantes  sont riches et variées. On s’en réjouit : nos villes alsaciennes ont une population diversifiée et pluriculturelle. Un public semble cependant oublié : la population qui se reconnaît dans la langue et la culture autochtone de cette région. Strasbourg se veut capitale de l’Alsace, mais c’est la ville la moins alsacienne d’Alsace. Plusieurs de nos communes alsaciennes ont signé la charte européenne des langues régionales ou minoritaires, mais n’ont pratiquement rien fait pour honorer keur signature. L’Alsace se considère le symbole de la réconciliation franco-allemande mais néglige en pratique l’aspect linguistique et culturel de sa position frontalière.

Pourtant, pour nos cités si diverses, langue et culture régionales sont des éléments consubstantiels, une richesse commune, un facteur d’appartenance auquel tous leurs habitants peuvent adhérer, quel que soit par ailleurs leur ancrage personnel. Ce qui fait l’attrait et la dynamique de nos communautés, c’est une histoire et une géographie qui s’expriment dans une symbiose des influences française et germanique, le véritable fondement d’un pluralisme culturel qui intègre aujourd’hui de nombreuses autres composantes.

Il y a tant d’actions qu’une commune pourrait mener pour rendre à ses habitants la richesse de sa culture particulière et retrouver comme d’autres villes européennes une vraie capacité bilingue. Il faut que les futurs conseils municipaux lancent une réflexion large et ambitieuse sur cette dimension perdue et folklorisée.

Nous appelons les listes en présence de s’engager sur les propositions développées par le présent document. Nous leur demandons d’étudier ces propositions puis de nous dire quelles sont celles qu’elles s’engagent à mettre en œuvre. Nous ferons connaître leurs réponses à nos membres et sympathisants et au-delà.

I.  Transmettre la langue régionale  (constituée par l’allemand standard et les dialectes alémaniques et franciques de l’Alsace)

I.1 Dans le cadre préscolaire

  • La municipalité s’engage à encourager les parents et les élèves à choisir une éducation bilingue et à fournir à cet effet l’information appropriée sur l’accès au bilinguisme scolaire. Cette information sera organisée en particulier au moment de la naissance des enfants ou au moment de l’inscription des enfants en classe de maternelle.
  • La commune organise ou soutient des crèches garderies immersives ou bilingues 
  • La commune organise des activités enfantines en langue régionale
  • La commune contribue à la formation de personnel pour la petite enfance dialectophone ou germanophone

I.2 Dans le cadre scolaire

  • La commune participe au développement de classes immersives ou bilingues paritaires
  • La commune veille à une diversité de l’offre en la matière (classe publiques ;  privées, associatives) et apporte un soutien à l’association ABCM-Zweisprachigkeit pour le développement de classes immersives en langue régionale.
  • Elle intervient en faveur de la continuité tout au long de la scolarité. Elle demandera à l’éducation nationale l’extension du réseau de classes bilingues paritaires sur son territoire à tous les niveaux de scolarité.
  • Elle contribue à la disposition de matériel scolaire et documentaire bilingue. La collectivité municipale s’engage à ce que la langue régionale soit présente dans les bâtiments scolaires relevant de sa gestion (affichages bilingues, nom bilingue de l’école, utilisation de la langue régionale dans les aménagements scolaires).
  • Elle fera son possible pour que le personnel administratif mis à disposition des écoles maternelles ou primaires (assistantes maternelles ou scolaires, surveillants de cantines, etc.) ait la capacité de s’adresser aux enfants en langue régionale.
  • Elle promeut des projets scolaires transfrontaliers (« classes transfrontalières », jumelages, échanges d’élèves, etc.

I.3    Dans le cadre périscolaire

  • La commune organise et propose des activités périscolaires en langue régionale
  • A cette fin, elle fait des appels d’offre
  • Elle forme aussi elle-même des animateurs et éducateurs en langue régionale
  • Elle organise des activités de vacances à contenu linguistique (camps de vacances, séjours dans des régions germanophones) 
  • La commune favorise le théâtre et le chant et les contes pour enfants en langue régionale

I.4  Formation pour les adultes

  • La commune favorise ou organise elle-même des cours pour adultes en langue régionale
  • La  commune organise des cours en langue régionale pour ses agents ; cette formation s’impute sur leur temps de travail et est prise en compte pour leur promotion 

I.5    Soutien aux parents 

  • La commune accompagne les parents qui veulent élever leurs enfants en langue régionale : elle suscite leur regroupement, leur propose des activités dédiées.
  • Elle leur propose un accompagnement pédagogique

I.6    Dans la vie économique

  • La municipalité s’associe avec les organisations professionnelles actives sur son territoire pour favoriser la prise en compte de la langue régionale dans l’enseignement professionnel, dans l’affichage commercial et dans l’accueil des clients.

 

II.  La promotion de la culture régionale (Par culture régionale on désigne ici toute activité culturelle ayant un lien avec l’Alsace du fait de la langue utilisée, de la thématique traitée ou des acteurs culturels impliqués.)

II.1  La Commune vise à renforcer la part de la culture régionale dans l’offre culturelle communale

    -  La commune demandera à une instance indépendante de faire un bilan et une analyse de la place actuelle de la culture régionale dans l’action culturelle

    -  La municipalité demandera à l’ensemble des institutions culturelles communales de présenter des actions en faveur de la culture régionale

     -   la commune s’engage à ce qu’une part déterminée de son budget d’action culturel soit consacré à la langue régionale

    -  La municipalité s‘engage à inscrire dans les cahiers des charges de ses établissements culturels (salle de spectacles, centres culturels, scènes, théâtres, etc.) un quota minimal de spectacles ou de représentations comportant la prise en compte de la langue ou de la culture régionales.

    - La commune s’engage à ce que les équipements de bibliothèques, médiathèques, salles de projection vidéo ou cinéma qui dépendent d’elle assurent la présentation privilégiée d’œuvres en langue régionale.

-   La commune s’engage à favoriser par des appels à projet la production d’œuvres en langue régionale.

-  Elle apporte une attention particulière au théâtre et au cabaret en langue régionale

II.2   La commune favorise l’accès à la langue et la culture régionale dans le domaine des médias :

-       Elle s’engage à soutenir la presse bilingue régionale par des abonnements et par la mise à disposition de cette presse dans les services et équipements dépendant d’elle 

-       Elle prendra des initiatives pour favoriser sur son territoire l’accès radiodiffusé ou télévisé à des émissions en langue et culture régionales.  Lorsqu’il existe un distributeur de télévision par câble, elle veille à ce que le cahier des charges comporte une clause de mise à disposition d‘un canal pour une télévision locale bilingue et pour la réception des chaines gratuites en langue allemande des pays voisins

II.3   La commune participe à la réappropriation de la mémoire et de la culture régionale

-       Elle veille à ce que dans le choix des noms de rues, places, arrêts de tram ou bus, une place significative soit donnée à des noms en relation avec l’histoire, et la culture régionale.

-       Elle développe un projet de transmission de l’histoire et de la mémoire régionale. Elle propose aux élèves des écoles des matériels pédagogiques et des activités périscolaires destinées à faire connaître l’histoire régionale. Elle utilise à cette fin ses propres  structures culturelles (musées, médiathèques, programmes d’expositions), etc.

II.4   La municipalité s’engage à favoriser le développement d’échanges transfrontaliers culturels avec des collectivités germanophones de pays voisins.

II.5    La municipalité s’engage à apporter renforcer son soutien aux associations et organisations engagées dans la promotion de la langue et la culture régionales

 

III.           Définir et mettre en œuvre une politique municipale pour la langue et la culture régionale

III.1   Définir des objectifs

-       Le Conseil municipal sera invité à consacrer un débat approfondi à la question de la langue et de la culture régionale et à sa politique en la matière. 

-       Une délibération de principe fixera la place donnée à la langue et à la culture régionale, les principes et le cadre de l’action de la commune

-       Parmi ces principes figurera la reconnaissance de la langue régionale comme langue de Strasbourg à coté du français

III.2   Les outils de la politique

  • Une commission municipale composée de membres du conseil municipal et de   personnalités représentatives
  • Un adjoint spécialement chargé du soutien à la langue et la culture régionales
  • Un service de l’administration communale chargé de la mise en œuvre de la politique communale en matière de langue et culture régionales
  • Un programme consacré à la langue et la culture régionale avec des objectifs, des moyens, un échéancier une analyse des résultats
  • Un engagement financier La commune s’engage à consacrer un montant déterminé de son budget à la langue et à la culture régionale 
  • Une structure indépendante d’évaluation des actions menées. La municipalité s’engage à la mise en place d’un comité de suivi de l’application de ses engagements en matière de langue et culture régionales.
  • Participer à une action intercommunale pour la langue et la culture régionale : création d’un syndicat de communes spécialisé dans la promotion de la langue et de la culture régionale
  • Dynamiser la coopération transfrontalière (eurodistrict) pour le développement du bilinguisme et de la culture rhénane.

 III.3   Rendre visible et audible la langue régionale dans la commune

  • Développer la signalisation et l’affichage bilingue dans l’espace communal et dans les services publics communaux. 
  • Au-delà de l’affichage bilingues des rues (avec une taille identique pour chacune des langues), donner une place à la langue régionale dans la signalisation écrite et orale des transports publics.
  • Renforcer le bilinguisme dans les médias communaux (journaux, tracts, brochures, sites internet)
  • Les élus et responsables communaux font une place à la langue dans leurs expressions publiques. Les débats au conseil municipal seront organisés de manière à permettre une expression en langue régionale 
  • La commune s’organise de sorte à assurer dans ses services un accueil en langue régionale et à  rendre possible la présentation des demandes orales ou écrites en langue régionale. 
  • Pour les touristes et les nouveaux arrivants, la commune diffuse une brochure présentant la langue et la culture régionale et appelant à l’intérêt et à une attitude positive par rapport à cette spécificité.
  • La commune favorise le développement de la langue régionale dans les activités liées au tourisme

 

IV Des centres de promotion de la langue et de la culture régionale

Les agglomérations organiseront, le cas échéant en coopération avec la collectivité d’Alsace, des lieux de rencontre, de débats, instruments de connaissance de l’histoire et de la richesse culturelle de la région, mais aussi laboratoires de projets ouverts à toute la population.

Ces institutions s’inspireront des initiatives lancées dans de nombreuses autres régions (Instituts d’études occitanes, Institut culturel breton, Institut culturel basque, Institut culturel corse…) spécifiquement consacrées à la culture régionale, non pas sur le plan de la réalisation de spectacles, mais sur celui de la recherche, de l’analyse, de la transmission, de la formation et du débat. De telles initiative sont nécessaire aussi en Alsace.

Ces structures pourront notamment exercer les fonctions suivantes :

- centre de documentation et de ressources sur la langue et la culture régionales, instance experte de recherche et de proposition pour la politique culturelle et linguistique régionale, 

- lieu de rencontres, de débats et d’animation,

- secrétariat commun des diverses associations engagées dans la promotion de la langue et de la culture régionales,

- support d’activités de formation concernant la langue et la culture régionales : cours de langue régionale, cours d’histoire de l’Alsace, cours de littérature alsacienne, etc.

- infrastructure pour des créations artistiques et culturelles concernant la langue et la culture régionales,

- organisation d’échanges interculturels avec les autres langues et cultures minoritaires de la Ville,

- partenaire de l’action transfrontalière de la Ville en relation avec l’Eurodistrict,

- poursuite des « Rencontres européennes de Strasbourg des langues régionales d’Europe ».

L’expérience tirée de l’activité du Centre Culturel Alsacien, qui fonctionne depuis bientôt 10 ans avec des objectifs similaires à Strasbourg, mais des moyens très limités, pourrait être mise à profit pour la conception, l’organisation et les activités de ces futurs « Lieu d’Alsace ». 

Ces structures seraient aussi des instances de réflexion et de conseil pour les municipalités afin d’élaborer leurs programmes d’action pour la langue et la culture régionale, pour le développement d’un projet de promotion culturelle de proximité et le renforcement bilinguisme ainsi que de la coopération transfrontalière.

Nous appelons les candidats en lice à s’emparer de ce projet et à l’inscrire dans leur programme.

 

 

Jean-Marie Woehrling

Culture et Bilinguisme/René Schickele Gesellschaft

Centre culturel alsacien/Elsässisches Kulturzentrum

5 boulevard de la Victoire - 67000 Strasbourg

03 88 36 48 30 - ouvert du lundi au vendredi de 15 h à 18 h, samedi selon programme

www.culture-bilinguisme.eu

www.centre-culturel-alsacien.eu

 

crédit-photo Frantisek Zvardon - Kochersberg

1 février 2020

Les municipales, une chance pour l'alsacien

tribune parue, ce jour, dans les DNA. 

Jean-Marie Woehrling (Culture et Bilinguisme d’Alsace et de Moselle – René Schickele Gesellschaft) estime que l'avenir de la langue régionale alsacienne dépend des communes. Dans une tribune qu'il a adressée aux DNA, il lance un appel aux candidats aux élections municipales des 15 et 22 mars prochains.

"Fort peu de communes développent une action significative en faveur de la langue régionale (dont la définition reconnue inclut à la fois nos dialectes et l’allemand standard). Pour les structures intercommunales, le constat est encore moins positif. Non pas que nos collectivités locales soient indifférentes ou hostiles à l’égard de ce sujet. Mais la plupart des communes n’ont pas conscience de leur rôle dans ce domaine et des moyens d’action à leur disposition. La question de la « culture régionale » est encore plus floue que celle de la langue : beaucoup d’élus la réduisent à des aspects plus ou moins folkloriques, alors qu’elle pose la question de la réappropriation d’une histoire, d’une identité, d’un projet local du vivre ensemble.

La campagne électorale est l’occasion de mettre en lumière l’action possible des communes pour le bilinguisme et pour cette culture propre conçue comme une richesse locale, ainsi que d’inciter les candidats à une réflexion et à des engagements sérieux qui les aideront à structurer leur action par la suite.

Une prise de conscience est en voie de se faire à cet égard dans beaucoup de listes de candidats. Les sondages récents montrent à la fois la profonde dégradation des connaissances et de la pratique en langue régionale (dialectes et allemand standard) et la demande forte de la population (96%) que les efforts en faveur de la langue régionale soient poursuivis et même amplifiés.

Le débat a beaucoup mis l’accent sur le rôle de l’école, à juste titre mais, comme le montrent d’autres régions, le rôle des communes est central pour la sauvegarde de notre langue régionale. Pourtant ce sujet n’est le plus souvent débattu que de façon marginale. Les candidats doivent prendre ce sujet au sérieux.

Nous invitions les candidats à s’engager à promouvoir une réflexion approfondie

La première chose à faire est de mettre cette question au centre des réflexions. Nous invitions les candidats à s’engager à promouvoir dans les conseils municipaux une réflexion approfondie :

- pourquoi s’intéresser à la langue et à la culture régionale ?

- comment utiliser cette dimension comme facteur d’intégration et d’épanouissement ?

- que faisons-nous, que pourrions-nous faire davantage dans notre commune pour notre langue et culture ?

Un débat pour sensibiliser et expliquer, une évaluation de l’existant et une réflexion sur les objectifs sont souhaitables. La langue et la culture régionale font partie du « mieux vivre ensemble ».

Consacrer 1% du budget au soutien de la langue et de la culture régionales

Ce débat montrera certainement que le soutien à la langue régionale pour être efficace ne peut se limiter à un vague souhait accompagné de quelques mesures symboliques. Pour atteindre des résultats, il faut définir une politique d’ensemble, se donner des outils et des objectifs. Les outils, c’est intégrer la langue et la culture régionale dans l’administration de la commune (une commission municipale affectée à ce sujet, un adjoint spécialement responsable, des agents de la commune chargés de la mise en œuvre, des ressources affectées, des mécanismes de suivi et d’évaluation, l’acceptation d’un contrôle externe).

Les objectifs doivent tendre à une véritable efficacité grâce à la cohérence et à l’intensité de l’action. Une telle ambition suppose un engagement financier. Il est proposé à chaque commune et chaque intercommunalité de consacrer 1% de son budget au soutien de la langue et de la culture régionales.

En finir avec une sorte d’auto-négation caractéristique de l’Alsace

Tous les éléments mentionnés ci-dessus n’ont de force que s’ils sont fixés dans un plan adopté par une délibération de principe du conseil municipal. Le rôle de cette délibération doit aussi être emblématique : reconnaître la place de la langue et de la culture régionale dans la commune. Sans exclusive bien sûr ; mais la réalité est que, sans parler de la langue française dont le rôle n’est pas discuté, beaucoup de communes font aujourd’hui davantage pour d’autres langues et cultures que pour la langue et la culture de notre région. Il ne s’agit pas de prendre aux autres, mais d’en finir avec une sorte d’auto-négation caractéristique de l’Alsace.

Dans l’esprit de la remarque précédente, il importe de redonner une visibilité et une légitimité à la langue régionale. Comment espérer qu’elle soit transmise si elle reste dans une marginalité quasi honteuse, exclue de l’espace public ? Selon le cas dans sa forme standard ou dans sa forme dialectale, cette langue doit apparaître dans les médias de la commune (publications, sites internet), dans l’affichage (ailleurs que seulement dans les noms des rues), dans les relations avec le public (services d’accueil) d’une manière valorisante et non "folklorisante".

La rentrée à l'école primaire bilingue, à Ingersheim, dans le Haut-Rhin. Photo DNA/KLEIN - Martine (9776)

Demander des classes bilingues à l’éducation nationale

Si l’enseignement ne relève pas en lui-même de la compétence de la commune, celle-ci peut faire beaucoup pour favoriser l’enseignement bilingue paritaire : informer les jeunes parents sur l’intérêt de cet enseignement, demander des classes bilingues à l’Education nationale, à défaut solliciter l’enseignement associatif (ABCM-Zweisprachigkeit), organiser des regroupements pédagogiques intercommunaux, engager des aides maternelles dialectophones, favoriser l’affichage et le matériel bilingue dans l’école et proposer des activités périscolaires en langue régionale. Il faut que l’environnement de la classe bilingue soit lui-même bilingue : ceci relève en grande partie de la commune. L’objectif du bilinguisme ne doit pas être limité aux enfants mais assumés par les adultes qui les entourent. Pas de politique du bilinguisme sérieuse sans cet engagement communal.

L’éducation commence avant l’école. Les crèches en langue régionale sont une clé importante du succès de l’éducation bilingue. Les communes peuvent jouer un rôle direct dans l’ouverture de crèches en langue régionale, en favorisant de telles structures par l’accès à des locaux, en apportant un soutien financier et en accompagnant les parents dans les démarches administratives.

Beaucoup de jeunes adultes qui ne parlent plus le dialecte en ont encore une connaissance passive qui peut être réactivée. Des jeunes et moins jeunes de toutes origines ont envie de s’approprier la langue régionale. Il y a  là une attente importante à laquelle les communes peuvent répondre : organiser des cours de dialecte ; créer des clubs de jeunes parents qui veulent élever leurs enfants en dialecte ; bien sûr aussi proposer des cours d’allemand. Les communes peuvent aussi organiser des activités ludiques en dialecte pour les enfants en particulier dans le domaine du chant et du théâtre.

Toutes les communes consacrent des budgets souvent significatifs à la culture. Il serait bon de faire une évaluation sérieuse de la place de la culture régionale dans ces dépenses : mise en valeur de l’histoire, du patrimoine, des traditions locales, soutien aux productions culturelles locales, promotion des œuvres en langue régionale. Par des appels d’offre ciblés, il appartient aux communes de susciter des projets mettant en valeur la langue et la culture régionales. Dans les bibliothèques municipales, les offres de documents en allemand peuvent être améliorées. Dans les bâtiments publics, les suppléments allemands des DNA/Alsace et revues ou périodiques régionaux devraient être disponibles. Au niveau de chaque communauté de communes devrait être recruté au moins un animateur dialectophone spécialement chargé des actions en faveur de la langue régionale. Chaque communauté de commune devrait diffuser une brochure dédiée à la spécificité linguistique et culturelle de son territoire, pour la faire mieux connaître aux nouveaux venus.

Toutes les communes ont des partenariats divers. Sans renoncer aux autres, ceux avec des institutions de pays germanophones peuvent être mieux valorisés pour faciliter la pratique de la langue commune et organiser des échanges de jeunes dans un souci de réelle efficacité linguistique. Les communes proches de la frontière peuvent organiser des échanges de service avec des communes de l’autre côté de la frontière dans les domaines éducatifs et culturels. Dans le cadre public ou à défaut dans le cadre associatif, des « classes transfrontières » peuvent être organisées dans lesquelles travaillent ensemble enseignants et jeunes des deux côtés de la frontière sur la base de programmes communs et dans les deux langues de l’espace rhénan.

 

Plaque de rue en alsacien : ne pas se contenter de ce simple affichage. Photo DNA

Place à l’imagination créatrice : 

De nombreuses autres actions de mise en valeur de la langue et de la culture régionales sont accessibles aux communes et à leurs groupements :

- formation des agents municipaux pour apprendre l’allemand ou le dialecte,

- assurer un accueil en dialecte/allemand dans les services municipaux,

- sensibilisation des commerces locaux et entreprises locales à la richesse de la langue régionale

- mise en place d’un lieu emblématique, un « Espace d’Alsace » proposant aux visiteurs des informations, débats, expositions, etc sur le patrimoine régional

- donner dans les dénominations publiques une meilleure place aux noms faisant référence au patrimoine et à l’histoire locale ou à la langue régionale.

Pour toutes ces actions, il importe à chaque fois de les inclure dans un plan d’ensemble qui permette d’enrichir un patrimoine culturel destiné à tous les habitants et surtout de rétablir la transmission de la langue régionale aux nouvelles générations."

Jean-Marie Woehrling, Culture et Bilinguisme d’Alsace et de Moselle  – René Schickele Gesellschaft

9 janvier 2020

Centre culturel alsacien - Elsässisches Kulturzentrum - Programme 2020 janvier à mars

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Sauf indications contraires, toutes les activités se déroulent au CENTRE CULTUREL ALSACIEN, CULTURE ET BILINGUISME

5, bd de la Victoire 67000 STRASBOURG. Tél. : 03 88 36 48 30 • elsassbi@gmail.com www.centre-culturel-alsacien.eu

 

Venez vous informer sur l’Alsace, son his- toire, sa culture, sa littérature, ses langues, son territoire et participer au débat : comment construire un projet culturel pour tous les habitants de l’Alsace ?. Dans les différentes expressions linguistiques de la région (dialecte, français, alle- mand, yiddish), nos activités prennent la forme d’ateliers, d’expositions, de conférences, tables d’histoire, causeries, Stammtisch... Des occasions d’apprendre, de s’exprimer, de pratiquer et de s’engager dans des actions concrètes... Invitation à tous : Kummsch ?

 

JANVIER 2020

Du 6 au15janvier
De 15 h à 18 h sauf samedi et dimanche Exposition : dessins d’enfants illustrant des contes alsaciens
Avec l’atelier Sirine de l’association russe Art- Radouga

Vendredi10janvier9h45
Atelier d’Histoire. Les Juifs d’Alsace et les Alsaciens aux XVIIe et XVIIIe siècles. Par Roseline Tillier

Vendredi17janvier 18h30. S’Lokalrecht : Vergangeheit, Gegawart, Züekunft Vortrag uf Elsasserditsch ewer sini Beditung Réflexion en dialecte sur la signification du droit local. Débat bilingue avec Jean-Marie Woehrling

Du samedi 18 janvier au 29 février Exposition Henri Husser« Belle Epoque - Années 30 »
Initialement peintre en lettres, après un passage aux Arts Déco de Strasbourg, Henri Husser s’est tourné vers l’aquarelle puis vers l’acrylique. Après une période de paysages urbains et ruraux et un temps vers le cubisme, les scènes de genre l’ont inspiré, en particulier la Belle Époque dans une recherche sur les attitudes et comportements des personnages des différentes couches sociales. Vernissage le 18 janvier à 15 h

Mercredi22janvier18h30
Rencontre avec l’équipe du Theater Eurodistrict BAden ALsaceUn nouveau lieu d’animation culturelle trans- frontalier et bilingue s’est ouvert au pied du pont Pflimlin (côté badois). Les responsables de cette initiative dressent leurs perspectives pour l’acti- vité culturelle transfrontalière dans l’Eurodistrict, en français, en allemand et en dialecte.
Rencontre avec Guido Schumacher directeur administratif BAALnovo Theater Eurodistrict, Président BAALnovo France, Luc Fontaine comédien et Pierre Kretz auteur.

Vendredi24janvier18h30 : Le rire en religion
Quels liens entre la religion et le rire dans les trois grands monothéismes ? Une façon d’analyser la part de l’humain dans ces confessions : les dérives et les failles de leurs repré- sentants et de leurs fidèles ainsi que leur liberté et leur adhésion à la vie, notamment dans le contexte alsacien. Marc Lienhard pasteur, théologien et historien, présentera l’ouvrage qu’il a publié sur le sujet.

Vendredi 31 janvier 18h30
Des prêtres alsaciens incorporés de force se souviennent. Évocation des parcours de ces jeunes qui en Alsace- Moselle annexée par les nazis se destinaient à la prêtrise et ont été néanmoins incorporés de force. Destins communs aux autres incorporés croyants et cependant expériences particulières liées à un statut spécifique.
Joseph Sifferlen et Aloyse Kieffer présenteront le livre regroupant les témoignages de dix prêtres. Dédicace.

 

FÉVRIER2020

Vendredi7février 9h45 Atelier d’Histoire «S’krumme Elsass». Par Georges Kern

Vendredi 7 février 18 h 30. Les Alsaciens du Monde. Rencontre avec l’Union Internationale des Alsaciens. Comment les Alsaciens dispersés dans le monde s’appuient sur l’identité de leur région d’origine et contribuent à son maintien à travers un réseau d’associations regroupées dans l’Union internatio- nale des Alsaciens.
Avec son président Gérard Staedel et son secrétaire Philippe Edel également président d’Alsace Lituanie

Vendredi14février18h30. Denkfabrik. Quelle place pour la langue et la culture régionales dans les élections municipales ? Que peuvent faire des élus municipaux pour soutenir la langue et la culture de l’Alsace ? Le bilan de l’action pour la langue et la culture régio- nales des équipes municipales sortantes, est souvent maigre. Parole aux candidats qui veulent prendre au sérieux ce sujet et débat sur les actions à réaliser. Discussion des électeurs.

Samedi15février14h30 Présentation publique de l’ouvrage : Une langue qu’on assassine-Livre Noir du jacobinisme scolaire
On dit que les Alsaciens ont creusé eux-mêmes la tombe de leur langue. Rien n’est plus faux.
Cet ouvrage met à nu une volonté d’extirpation d’une langue vivante (Ed. SALDE - 350 pages - 19 euros). 
En présence de l’éditeur et des initiateurs

 

MARS 2020

Vendredi6mars 9h45. Atelier d’HistoireRelations entre les croyants dans l’histoire de l’Alsace par Yves Tupin

Samedi 7 mars 14 h 30. Présentation / Lesung. Dernières publications de Emma Guntz (allemand standard) et de Wendelinus Wurth (alémanique) chez l’éditeur Drey Verlag. Vernissage de l’exposition de dessins de Franz Handschuh. « Hinter de Bletsch » : De Wendelinus Wurth zeigt an 26 Viicher und 26 Pflanze, wie mr demit spiile und was mr noch alles mit de Sprooch kaan anstelle.
- « Noch » : Emma Guntz verfasst deutsche Texte vom Blühen, vom Reifen und Vergehen einge- bettet in eine von Claudia Klein und von Franz Handschuh gezeichnete Gartenwelt.

Vendredi 13 mars 18 h 30. Denkfabrik : Ernst Barthel (1890-1953) : « philosophe alsacien » ? Philosophe de la polarité et de la résonnance, Barthel a approfondi le concept de «geisitige Elsässerschicksale» dont sa propre vie et son œuvre constituent une illustration tragique. Avec Marc Chaudeur, Jean-Paul Sorg et Jean-Marie Woehrling

Vendredi 20 mars 18 h 30. Rencontre transfrontalière / Grenzüberschreitendes Treffen. Quel antisémitisme dans le Rhin Supérieur et comment le combattre ? Antisemitismus hüben und drüben des Rheins und seine Bekämpfung. Débat bilingue traduction assurée Zweisprachige Diskussion mit Übersetzung

Lundi30mars18h30. Causerie avec François Lenhardt, dirigeant de la Maison des Tanneurs
Sa famille gère ce grand restaurant strasbour- geois depuis 1956 et lui-même depuis 1972. Il nous parlera de l’histoire de cette maison de tradition, donnera sa définition de la gastrono- mie alsacienne, évoquera l’évolution du mé- tier de la restauration à Strasbourg et, partant de son expérience concrète, sa perception de l’identité alsacienne et de son avenir.

 

 

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